Je me pose la question à savoir comment vous dire en mots ce que j'ai vécu en émotions. Ma curiosité et mon innocence pure m'amènent quelquefois dans des lieux que je ne voulais pas vraiment aller, si j'avais su.
Ce matin j'ai visité l'hôpital du peuple. C'est un immense hôpital avec plusieurs unités de soins variées. Marie Luisa nous a accueilli à son bureau, elle est travailleuse sociale et demande quelle unité j'aimerais visiter. Spontanément j'ai répondu, la pédiatrie. Pourquoi ai-je répondu ça?????? Je n'en sais rien mais me voilà partie accompagnée de 2 autres travailleuses sociales et Soeur Gisèle (mon interprète, au cas où je ne saisirais pas tout ce qui se dit). Premièrement n'entre pas qui veut y entrer dans cet hôpital, il y a un garde à la porte qui filtre tous les arrivants. Nous avions un rendez-vous avec Marie Luisa, heureusement. On se croyait dans un petit monde sous-terrain tellement il y a du brou-ha-ha, des gens partout qui faisaient la ligne d'attente. Un hôpital comme tant d'autres que j'ai déjà vu au Québec, pas trop neuf avec des plafonds qui ont connu l'innondation et des murs de ciment qui pèlent. Bon! jusqu'à date ce n'est pas si mal, me dis-je! Nous entrons finalement dans l'unité d'insuffisance urinaire de pédiatrie...des salles de 8 bassinnettes (petit lit pour enfant) accompagné d'un parent, généralement la mère. C'étaient des enfants qui venaient régulièrement car ils avaient une maladie génétique et revenaient jusqu'au dernier moment de leur jeune vie. Il y avait une enfant d'environ 12 ans, mourante dans une chambre privée avec une vitre dans la porte pour la surveiller à distance. Je ne suis pas entrée dans la chambre. Nous sommes allées ensuite voir l'unité de soins intensifs pédiatrique...oufff mon coeur a fait un tour dans ma poitrine. J'ai beau être infirmière mais les soins intensifs ce sont les soins intensifs et là, c'étaient des enfants qui attendaient la mort, dont la médecine ne pouvaient rien pour eux.. Un accidenté d'auto, un jeune enfant de 10 mois avec une atteinte cérébrale entre la vie et la mort, un bébé de 4 mois...et un autre dont je ne me souviens pas la raison de sa fin de vie. Une femme médecin nous accueille et quand elle a su que j'étais infirmière, m'a remis une blouse bleue à manche longue et m'a fait entrer. J'ai demandé si je pouvais toucher les enfants...après m'avoir lavé les mains, évidemment et elle a accepté. Le petit bébé de 10 mois semblait à semi-conscient et je lui ai touché la cuisse de ma main chaude et douce...Mon coeur était rempli d'émotions, j'étais sur le bord des larmes...je me suis ressaisie en "bonne" infirmière...mais toute la peine du monde remplissait mon coeur et en même temps je savais que nous avons tous une mission, si courte soit-elle dans la vie. En enserrant sa cuisse de ma main, je dis au bébé: "Ça va aller!" et je pensais à son passage dans l'autre monde après la vie. Ces moments furent courts mais parurent extrêmement longs pour moi tellement ils étaient intenses en émotion. À ma sortie des soins intensifs, j'ai serré longuement dans mes bras la femme-médecin, qui s'appelait Flora, en la remerciant de m'avoir accepté dans l'unité. Elle m'a sourit gentiment mais il y avait au-delà de ce regard, une compréhension mutuelle de notre impuissance devant l'incommensurable. Un moment intense que je n'oublierai jamais!
Nous nous sommes dirigées ensuite dans la section des grands brûlés...j'y suis entrée toute habillée à partir du chapeau, masque, blouse à manche longue et bottes de tissu...même visite mais cette fois-ci moins intenses car les petits brûlés avaient des petites brûlures...En fait pas si petites mais au moins ils vivaient et n'étaient pas entre la vie et la mort. La visite fut courte car je commencais à me sentir remplie de vision, d'émotions, de projets etc. La suite de notre visite s'est passée comme sur un nuage, je regardais mais je voyais peu, j'écoutais mais j'écoutais peu, j'étais remplie de cette Présence qui comble le vide au dedans...et qui remplit de Lumière comme toutes les sections de l'âme. C'est ce que je vivais! La visite a duré environ 3 heures et j'ai déjà pris en note des noms d'infirmières et de contacts importants car j'aimerais vraiment revenir 2 à 3 semaines avec des étudiantes infirmières du Québec pour un stage. J'en ai parlé avec l'infirmière-chef de l'hôpital et elle accepterait volontiers toutes étudiantes venues de l'étranger avec un protocole officiel, un espagnol correct et ma présence comme superviseur. C'est mon autre projet à mon retour au Québec. Il va me demander un peu plus de rédaction à écrire mais j'y pense sérieusement de venir ici avec des étudiantes. Pour moi, c'est un vieux rêve que je n'ai pas réalisé comme étudiante infirmière et je ne le réalise qu'à ma retraite. Ce serait tellement bon pour les jeunes infirmières de connaître une autre réalité avant de commencer leur profession. Ça pourrait leur donner le goût de l'infirmière missionnaire ou tout simplement l'ouverture d'une autre réalité humaine.
Je termine ici la rédaction de ma journée et je reviendrai cette fin de semaine avec ma conclusion de stage.
à la prochaine
Carole
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire