Aujourd'hui, c'est avec grande humilité que je dois avouer ma sensibilité qui s'est transformée en choc culturel.
Depuis le 13 octobre, je vois des situations délicates et je vis des aventures hors de mes repères et de ma zone de confort. Je m'en sortais bien jusqu'à maintenant, mais vivre le quotidien dans une famille pauvre du Honduras m'a donné le coup fatal d'émotions multiples. Voici un résumé de mon histoire vécue:
Dimanche 28 novembre, il est 13h30 et nous nous préparons pour partir à Santa Lucia, petit village à 30 minutes de la capitale. Je me sens fébrile car je vais me retrouver en immersion totale dans une famille hondurienne. Je serai loin de mes compagnes de stage et j'accepte de vivre cette aventure dans la joie au coeur et un peu de nervosité à fleur de peau. J'arrive dans ma nouvelle famille d'accueil vers 15h en compagnie d'Isabelle. Un escalier de pierres d'une trentaine de marches monte abruptement jusqu'à la vision de 2 chiens gardiens à dentitions armés. Un enfant s'occupe des chiens et on entre dans la maison. Les présentations sont faites et Isabelle quitte pour aller reconduire les autres stagiaires dans leur famille. Je vais dormir 4 jours dans une chambre propre et simple. Je dépose mes valises dans la chambre et je reviens dans le salon en compagnie de la famille.
| Ma famille d'accueil |
Marta, la grand-mère, Erica la mère et les 3 enfants, Hector, (16 ans), Andrea (13 ans) et Daniela (11ans). Une famille très sympathique dont le père travaille à l'extérieur et que je n'ai pas vu. Les enfants sont d'une politesse exemplaire et calmes. Marta et Erica, toutes deux, remplies de gentillesse m'invitent à m'asseoir au salon. Tout est petit dans cette maison. Mes yeux voient et n'arrêtent pas de faire des comparaisons avec le Québec. Au Honduras, les maisons sont construites avec de la boue qui est recouverte de ciment. Les planchers et les murs en ciment et le plafond recouvert de longues lisières d'aluminium gondolées. C'est petit et remplie d'objets divers...statues, bols, téléphones, étagères, Les murs sont couverts de photographies et diplômes etc. Les enfants dorment avec les parents, c'est assez courant au Honduras. Petite maison rectangulaire, avec 3 chambres d'un côté et salon, cuisine et salle de lavage, l'autre côté. Erica dort avec Daniela, dans 2 lits respectifs et Marta, dort avec Hector et Andrea, même chose chacun dans leur lit. Les chambres sont entassées, les adultes dorment dans un grand lit et les enfants dans un petit lit et moi, je dors dans un grand lit et une grande chambre. Je me sens mal à l'aise car j'ai un doute qu'ils m'ont donné la plus grande chambre.
Je défais mes valises et je respire un peu dans ma chambre dont la porte est fermée. Je n'entends rien de l'autre côté de la porte qui donne dans le salon. Que font-ils? J'ouvre finalement ma porte de chambre et j'aperçois toute la famille assise au salon à regarder la télévision avec le volume très bas. Je crois qu'ils ne veulent pas me déranger. J'apporte mes photos et je leur montre un peu le Québec en hiver et toutes les saisons, mes enfants, mes petites-filles et la glace est rompue avec ma nouvelle famille. Je leur donne mes petits cadeaux à chacun...et un mini jeu de domino.
Ils ne connaissent pas ce jeu donc on s'installe sur la miniature table de cuisine avec des chaises en plastiques verts forêt comme nos chaises de patio ancien modèle. Et on commence à jouer...On a rit, on s'est amusé et tout le monde a gagné au moins 3 fois les dominos à l'exception de Marta, la grand-mère qui regarde le futbol (soccer) à la TV. Je me sens bien dans cette famille mais il flotte quelque chose de non-acceptation sauf que je n'en sais rien à ce moment-là. Petite cuisine de 8 pieds par 4 pieds sans lavabo et armoires minuscules...Tout est petit: frigo, cuisinière, micro-onde, table mais grosses chaises de patio qui prennent tout l'espace...Je retourne dans ma chambre en attendant le souper qui sera à 18h. J'offre mon aide pour la préparation du souper mais Erica me dit que tout est prêt. Une soupe en enveloppe et des tortillas en sandwich avec du fromage entre 2 tranches qu'elle fait cuire dans un poêlon, genre « grilled cheese ». Je m'installe à la table de cuisine et je sens un malaise de sa part...Je la questionne et elle me dit que les soupers se prennent habituellement devant la TV au salon. Je m'installe au salon pour prendre ma soupe dont j'en échappe un peu le contenu sur mon chandail...pas trop à l'aise avec la soupe au salon et les tortillas sur ma cuisse. La maman Erica ne mange pas au souper. C'est le médecin qui lui a dit de ne manger que 2 repas par jour car elle fait du cholestérol! Ça me rend mal à l'aise! Je sais que ce n'est pas la bonne méthode pour faire baisser le cholestérol...mais qui suis-je pour changer leur vie? Je ne veux rien changer. On regarde une émission américaine traduite en espagnol. Tout est espagnol et ils me corrigent quand je n'accorde pas au bon temps mes verbes. J'aime beaucoup car j'apprends encore plus la langue.
| pila |
Après souper, je vais laver ma vaisselle à la pila...c'est leur lavabo: Grand réservoir d'eau et une planche à laver en ciment avec un égouttoir pour recueillir la vaisselle lavée à l'eau froide. Petite pièce juxtaposée à la cuisine et près de la toilette. C'est plus froid ici!
Je demande la permission d'aller à ma chambre et je ressens un malaise...sournois et non reconnu. Il fait froid! Très froid! Car nous sommes en montagne et le soir c'est plus frisquet. Ils n'ont pas de chauffage! Donc, me voici installée dans mon lit avec 2 couvertures de laine, ça va pour la chaleur...je me sens bien et je ferme la lumière. Noirceur totale! Hummm...les chiens jappent tout près de ma fenêtre à briser la vitre...oufff...disons que la chienne me prend (excusez l'expression!)...Il fait noir et je suis dans la première chambre qui donne sur l'entrée à la hauteur de la terre donc très vulnérable...et voilà que les idées s'installent dans ma tête...et évidemment ma nuit est « foutue ». Je réussis à dormir mais je me fais réveiller par un bruit de sifflement tout près de mon oreille...Oh, me voilà, les lumières allumées à chercher qui m'a réveillé...rien! J'ai dû rêver! Et je tente de me rendormir en me convainquant que les petites « bibittes » ne mangent pas les grosses..ha ha! Le matin arrive tôt et je me lève pour me rendre compte que la grand-mère est partie et la maman aussi. Je suis en présence des 2 plus jeunes filles souriantes et gentilles avec moi. On déguste le déjeuner avec du sucre d'érable sur les céréales. (Petit cadeau du Québec qu'elles ont bien aimé). Elles viennent me reconduire au parc car c'est le lieu de rencontre pour rejoindre Isabelle et les 2 autres filles Carmen et Jacinthe pour nous rendre à notre lieu de travail respectif.
Lundi matin, je travaille dans une boulangerie. Je dois graisser les moules à pain! Une centaine de moules à pain, en attendant la farine qui n'est pas encore arrivée. Les gens sont gentils avec moi, on me parle lentement et je réussis à communiquer passablement. L'espagnol s'installe graduellement en moi. Le travail est artisanal et les règles de santé et sécurité au travail n'y sont pas. Je compare dans ma tête et je réalise que je suis quand même chanceuse d'être ici car au Québec, il y aurait tellement de règles pour pouvoir faire du bénévolat dans une boulangerie. Je commence à me sentir mal, la tête me tourne et j'ai terriblement soif. Il est presque midi et c'est le temps d'aller manger à la maison. Je dois revenir vers 13h30. Je retourne à la maison de ma famille d'accueil. Je me trompe évidemment de chemin, je suis perdue dans les rues et je demande mon chemin...Je retrouve finalement la maison 40 minutes plus tard...(Cela aurait dû prendre 10 minutes). Les fillettes m'attendent et la grand-mère aussi. Je mange des pâtes aux tomates et un mal de tête commence à se faire sentir. Je vais me reposer un peu.
Je reviens à la boulangerie à 14h30...Je me suis encore perdue au retour...et le mal de tête augmente de plus en plus. J'aide à couper les légumes mais à 15h45 je n'en peux plus et je demande de quitter car je me sens trop mal. Je reviens en retrouvant mon chemin cette fois-là plus facilement. Je monte l'escalier de pierres avec les chiens tenus à distance et je me couche jusqu'à 17h00. Le souper se donne à 18h30: des oeufs brouillés, du fromage, des bananes plantain cuites au micro-onde et de l'avocat. J'ai aidé la maman à couper les légumes etc. Je m'assoies à la table et les fillettes m'accompagnent. C'est bon! J'aime le sucré salé du repas. Les bananes plantain c'est très bon! La maman ne soupe pas mais boit un jus vitaminé quelconque. On retourne au salon pour regarder la TV. Pas de journaux, pas de livres! TV et salon, c'est leur vie! Je ne critique pas, je ne juge pas, j'observe c'est tout...c'est juste différent de mon quotidien! Je sens que je fais beaucoup d'efforts pour accepter ce que je vois, ce que je vis. Je vais dans ma chambre à 20h. Je tente de me connecter à mes repères en furetant sur internet et lisant les articles du Québec...Ma vie de confort! Facebook, hotmail...je lis, j'écris! Et je passe ma 2e nuit facilement avec un mal de tête en sourdine. Au 2e matin, me voilà assommée par un mal de tête en étau, des nausées et j'ai peur! Je téléphone à Isabelle, il est 06h45 du matin...ouf elle est réveillée...je ne raisonne plus, je me sens mal. Est-ce la montagne, l'altitude? Je me sens tellement mal dans mon corps! Je veux revenir à Tegucigalpa! C'est trop serré dans ma tête! En « bonne » infirmière, je vois le pire en moi: Anévrisme prêt à éclater, hypertension, AVC...etc. Je lis sur internet les symptômes du mal des montagnes, c'est ça que je vis...Ah! Rassurée! La seule façon de s'en sortir est de partir et redescendre à Tegucigalpa. Tout est organisé, Isabelle viendra me chercher. Erica est encore à la maison et je lui dis que je dois partir car je me sens trop mal...l'altitude...toutes les excuses sont bonnes pour partir. Je sens des nausées qui montent...je ne veux pas manger mais je bois du café et je prépare mes valises. Erica et Hector doivent partir et les embrassades de départ ont lieu...Je ressens de la peine de partir car ils étaient tellement sympathiques. Je reste seule avec les 2 filles qui ont décidé de demeurer dans leur chambre. Tout est silencieux dans la maison. On se croise mutuellement et on se sourit avec gêne. Le départ arrive! Je serre dans mes bras les deux fillettes...Je sors de la maison et elles m'appellent...elles me remettent chacune un dessin qu'elles avaient fait...dans leur chambre ce matin...c'était la raison de leur silence et leur désir de se cacher dans leur chambre...pour me faire une surprise! Quelle délicatesse! Je me mets à pleurer! Je suis trop sensible.
Je reviens à Tegucigalpa. Isabelle et Carlos sont venus me chercher. Isabelle me demande si c'est juste le mal de tête qui me fait revenir ou si c'est le malaise à vivre dans la famille. Je la rassure que c'est vraiment un mal physique qui me fait revenir...J'en suis convaincue à 100%. J'ai de la peine à quitter cette gentille famille mais ma forme physique m'empêche d'y rester. J'ouvre les dessins que l'on m'a préparé. Ouff! Les larmes coulent à flot! Premier dessin: une maison dessinée et coloriée par la plus vieille des deux filles, Andrea. Le 2e dessin c'est un texte que lit Isabelle. Je fonds en larme de plus belle. Daniela ne veut pas que je les oublie et elle inscrit le nom de chaque membre de sa famille. Elle dit que je suis la meilleure étrangère qu'elle a connu. Elle m'indique 3 numéros de téléphone pour les appeler...avec des coeurs et des Love...Je suis touchée au plus profond de mon âme! Je reviens à la maison Mer et Monde, le coeur gros. Je monte à ma chambre me coucher en prenant 2 comprimés pour le mal de tête. 1 heure plus tard, je me réveille avec une révélation en pleine face! Choc culturel! Je vais voir Isabelle, les larmes aux yeux en lui disant: Tu avais raison Isabelle, j'étais en choc culturel et je ne l'ai pas venu venir...Mon corps a « psychosomatisé »! Shit de merde! J'ai vécu un choc culturel de comparaisons, comme Isabelle me dit. C'est une experte en solidarité internationale, en choc et en expériences personnelles et professionnelles. Une jeune femme de 30 ans qui a vécu le déracinement depuis l'âge de 18 ans. Elle s'y connait en peuple et en vécu. Et moi, je m'y connais en émotion et en duperie envers moi-même...Je me suis convaincue moi-même...et je me suis retirée...c'est mon mécanisme de défense, le retrait. Une chance que je reviens vite sur mes pattes...et j'y vois clair. Je ne peux revenir dans la famille car cela les traumatiserait à savoir que j'ai vécu un choc culturel...J'apprends de cette situation. Isabelle me propose de revenir le dernier dimanche avant mon départ et de les inviter à manger une soupe car c'est une tradition dans leur pays. J'accepte avec grand plaisir et je sais que je vais aller mieux dans 2 semaines. Le mal de tête a presque disparu et d'avoir discuté avec Isabelle m'a fait un grand bien.
Toutes sortes d'émotions traversent mon esprit à partir de la culpabilité à la grande tristesse. Je m'en veux beaucoup de n'avoir pas pu me ressaisir à temps. Isabelle me questionne à savoir si elle aurait dû m'en parler de ce choc que je vivais...Je lui avoue que cela aurait peut-être fonctionné mais en même temps je me connais et je l'aurais surement convaincue à nouveau que j'étais malade physiquement.
Ce qui compte vraiment c'est l'apprentissage. Oui, j'ai beaucoup appris! Appris sur moi-même, appris sur la culture hondurienne, sur mon identité, sur mes valeurs encore plus enracinées...J'en ressors grandit, c'est ça l'important! Je pense que c'est l'accumulation qui a éclaté! Depuis le début de mon séjour au Honduras, je vois des chiens avec la peau et les os, qui déambulent dans les rues et qu'on entend hurler de douleurs à tout moment, je vois des enfants sur la barre d'une bicyclette, je les vois pieds-nus sur la rue, je vois des jeunes filles enceintes, à peine âgée de 13 ans, je vois des manifestations, j'entends aussi des rires, je vois des jeunes personnes très bien vêtues, je vois les contraires, j'entends l'espagnol, je suis saturée d'espagnol peut-être...et je suis devenue la minorité visible et c'est tout ça, le choc culturel.
Je me sens impuissante, je ressens de la tristesse. Certaines personnes peuvent même ressentir de la colère envers ce peuple et la façon de vivre...Ce sont tous des signes de choc culturel. Et ensuite...qu'est-ce que je fais? Je le réalise c'est ça qui est le plus important et je me sens mieux. Au retour à Tegucigalpa, j'ai été au magasin, un centre d'achat américanisé, et j'ai mangé au resto, j'ai acheté un DVD, le film « Narnia » et je suis revenue à la maison écouter ce film en anglais...Ce n'est pas ma langue maternelle mais ça me rappelle un peu mon quotidien. Retrouver mes repères! Mon cadre familier ici à Tegucigalpa. On s'est installé au salon à regarder le film, Isabelle, Carlos, son fils Diego et moi. J'avais commencé en anglais mais comme ils sont arrivés par la suite, je l'ai recommencé en espagnol, avec sous-titre en anglais...C'est déjà un peu mieux et moins dépaysant!
Alors me voilà au lendemain de mon choc culturel en meilleur contrôle de mes émotions et beaucoup mieux dans ma tête et mon coeur. Je me sens encore très fragile mais en belle croissance personnelle.
Hasta luego
Carole

Bonjour Carole,
RépondreSupprimerTon aventure est passionnante et tu écris si bien. Tu nous fais voir avec les yeux du coeur.
J'ai rencontré Sylvianne Marion qui a chanté avec toi et Magalie dans le Choeur de l'Ile. Elle est propriétaire d'une maison pour personnes agées à Papineauville. Elle te salue.
Continue à partager avec nous tes pensées,ton courage, ton travail.
Prends soin de toi,
Roxanne
Merci Roxanne pour ton commentaire, ça me fait plaisir de savoir qu'on me lit.
RépondreSupprimerSalut Sylvianne de ma part...
Au plaisir de se revoir très bientôt
Carole
Wow ! Carole, tu m'épates. Tu es franchement une vraie femme de coeur. Cela m'a beaucoup touché de te lire dans tout ce que tu as vécu en rapport avec ton choc culturel. J'ai revécu en partie,ces émotions quand j'ai moi-même fait un trip au Mexique pendant tout un hiver.
RépondreSupprimerJ'ai très hâte de te revoir à ton retour qui sera dans 8 jours, ça s'en vient vite.
Fais-moi signe ok, et bonne continuation de stage
Ton amie Aline XXXXXXX